INFOS SANTÉ  :  SANTÉ PUBLIQUE  •  CORPORATE  •  ENVIRONNEMENT  •  MARQUES ET PRODUITS

Rejoignez-nous sur Twitter  Scoop.It  LinkedIn  Facebook

Financer l’innovation, vrais enjeux et idées reçues

Publié le jeudi 17 décembre 2015
  

Remise en cause de l’ASMR (Amélioration du service médical rendu), voire du SMR (Service médical rendu), dénonciation des enjeux de la liste en sus, attente des résultats d’études dans la vraie vie, la variété des thèmes abordés lors de la table ronde « Financer l’innovation, vrais enjeux et idées reçues » aux Rencontres de la Cancérologie française (RCFr) montrait bien la diversité des interrogations concernant le financement des molécules innovantes en cancérologie. 

Des efforts financiers conséquents
Le cancer ne serait pas le parent pauvre de la médecine, loin de là. 
« Dans tous les pays, les traitements de cancérologie sont favorisés par rapport aux autres ; ils ont toujours droit à des budgets supplémentaires », selon Dominique Polton, de la CNAMTS et auteur d’un rapport sur "La réforme des modalités de l'évaluation des médicaments" (remis la semaine dernière à la ministre Marisol Touraine).
Selon Jean-Jacques Zambrowski, professeur de politique et économie de la santé, à l’Université Paris-Descartes, sur 190 milliards de dépenses d’assurance maladie, le cancer représente 15 milliards des dépenses de santé, 1 milliard pour les thérapies ciblées, mais le cancer représente également 30% des décès. 
« Si l’on éliminait tout le gâchis qui existe dans notre système de santé, on trouverait les ressources ». 

Une liste en sus à faire évoluer
Après avoir redéfini cette fameuse liste en sus, Gilles Freyer, de l’Institut de cancérologie HCL, a estimé la période cruciale, puisque certains médicaments risquent de sortir de cette liste qui assure leur financement et permet donc leur prescription à tous les malades qui en ont besoin, partout en France. 
« Certains médicaments sont inscrits sur cette liste depuis 9-10 ans et n’ont jamais été réévalués », selon Jean-Patrick Sales de la Haute Autorité de Santé qui précise que la gestion de cette liste ne dépend pas de la HAS. Cependant, on peut quand même noter que les inscriptions ou les radiations dépendent essentiellement de l’ASMR et du SMR, octroyés par la HAS. Actuellement, presque toutes les molécules innovantes bénéficient d’une ATU (Autorisation temporaire d'utilisation) et donc d’un accès précoce au marché. Cependant, une fois l’ATU terminée et l’AMM obtenue, certains ne sont pas accessibles aux patients français à cause du niveau d’ASMR qui ne permet pas l’inscription sur la liste en sus. Si un médicament disponible uniquement à l’hôpital n’est pas inscrit ou est radié de la liste, les malades n’y auront plus accès. Le budget global de l'hôpital ne permettra jamais de financer son achat. « L’exclusion des médicaments de la liste en sus est préoccupante pour le patient et le médecin qui n’aura pas le médicament pour traiter son patient » s’inquiète Jean-Jacques Zambrowski. « Il faut trouver des solutions pour réduire les iniquités d’accès ».

Le problème de l’ASMR 
« En cancérologie plus qu’ailleurs, le progrès se fait grâce à des innovations incrémentales et c’est, la plupart du temps, l’addition des molécules d’ASMR 4, voire 5, qui ont permis d'augmenter la survie d’abord en mois, puis en années », estime Eric Baseilhac du LEEM. 
D’autres jugent même les conditions d’attribution de ce fameux ASMR 
« floues et opaques ». Jean-Patrick Sale a d’ailleurs mentionné que l’ASMR ne permet pas de juger du caractère innovant, mais uniquement de la valeur ajoutée du produit. « L’ASMR sanctionne des médicaments qui ne sont pas assez innovants, même s’ils sont très efficaces (avec un très bon SMR) dès lors qu’ils ne sont pas les premiers d’une nouvelle famille thérapeutique ou d’une maladie », regrette Jean-Jacques Zambrowski. Finalement « les critères d’inscription sur la liste en sus et l’ASMR introduisent une distorsion de concurrence entre les traitements ». De plus, en voulant aller vite pour que les patients puissent disposer rapidement de molécules innovantes « en début de carrière » (donc avant l’obtention de leur AMM), le système est parfois contreproductif. « La vertu se retourne contre le système », estime l’économiste de la santé. « On sait que le SMR est obsolète et l’ASMR imprécise », estime le représentant de la HAS. 

Des études dans la vraie vie
Le seul moyen de connaître vraiment l’efficacité et la tolérance d’une molécule est de suivre ses résultats dans la vraie vie, donc sur un nombre conséquent de malades et pendant un temps assez long. Pour Dominique Polton, 
« le défi futur est de faire un lien entre les essais cliniques et la vie réelle, car on a des incertitudes avec les études sur des populations réduites. Il faut vérifier le niveau de preuve et de tolérance dans la vraie vie. Parfois, cela se confirme dans certaines indications, pas dans d’autres. Il faut donc être vigilant sur les prescriptions, faire remonter les données et avoir un projet collectif ».

Une évolution de la maladie et des traitements
Une réflexion s’impose en raison de multiples évolutions récentes. D’abord, grâce aux progrès dans le dépistage, le diagnostic et les divers traitements proposés, le cancer est en passe de devenir une maladie chronique. En dehors de rares cas qui vont guérir, les autres devront être traités pendant des années. Ensuite, les nouvelles formes galéniques (orales ou sous-cutanées) permettent un traitement à domicile, évitant les transports et les passages réguliers à l’hôpital. Il faudrait en tenir compte dans l’évaluation des coûts. Il faut donc repenser – et calculer – autrement le parcours de soins des malades et leur retour dans la vie active.


Le juste calcul du prix de l’innovation
Les spécialistes estiment nécessaire de repenser le traitement du cancer, avec la recherche de la meilleure solution pour chaque patient. Pour Jean-Yves Fagon, du Comité économique des produits de santé, « des inégalités d’accès sont en train de se développer dans notre pays, mais notre système marche pour le moment. Il est temps d’avoir une réflexion globale pour permettre de financer des nouvelles molécules et pas uniquement dans le cancer, pour éviter d’arriver au point de rupture ». Selon lui, la solution passe en partie par une clause de performance qui lie le prix du produit à son efficacité. Eric Baseilhac (LEEM) a confirmé que les industriels sont prêts à avoir des objectifs de résultats au travers des contrats de performance. Il faut aussi trouver un système de régulation des tarifs des médicaments innovants prescrits en association. « Si une molécule X et une molécule Y sont plus efficaces données simultanément, on ne va pas additionner leur prix », note-t-il, en ajoutant que pour financer les nouveaux médicaments, il va bien falloir baisser le prix des plus anciens. Enfin, l’union faisant la force, des réflexions sont en cours au niveau européen pour pratiquer des achats groupés et donc pouvoir bénéficier de prix plus favorables. A elle seule, le France ne représente que 4 % du marché des médicaments, ce qui limite ses marges de manœuvre face à des pays tels que la Chine ou le Brésil.

La réponse des laboratoires
Face à la question récurrente du coût des molécules innovantes, les laboratoires pharmaceutiques estiment nécessaire de faire plus de pédagogie. 
« Le modèle actuel ne pourra accueillir les salves d’innovations thérapeutiques sans modifier les règles financières » admet Eric Baseilhac (LEEM). Une tarification par indication pourrait redonner de « l’élasticité » au système. Reste que, pour le LEEM, « Il manque dans le système français des analyses d’impact budgétaire pour pouvoir financer à long terme »

Pour avoir plus d’information sur les RCFr 2015 : ICI

Retrouvez toutes les interviews sur Acteurs de Santé : ICI

En savoir plus sur l'innovation : ICI

Marquer les esprits, faire évoluer les comportements
Toutes les actualités de l'agence de RP santé Capital Image
jacqueslucas.jpg
Entretien avec le Dr Jacques Lucas, vice-président du CNOM, délégué général aux systèmes d’information en santé
Marc_Antoine_Crocq_DSM_5.jpg
DSM-5 : publication de la version française de l'ouvrage de référence de l'Association Américaine de Psychiatrie
VIGINIA_DOAN.jpg
Retour sur la rencontre e-influenceur pour la présentation de l’Université de la e-santé du 1er au 3 juillet 2015 à Castres-Mazamet.
Fédération Nationale de l'Information Médicale
Membre de la FNIM
Acteurs de santé
Abbvie ACCESSIBLE CONSEIL AF3M AFA AFPSSU AFRAVIH AFSOS Air Liquide AMFE AMGEN ANRS APIDIM ARIIS Association France-Côlon BAYER Bayer HealthCare Bristol Meyer CFLHTA CIMA Collectif K EDF Ferring FFAAIR Fondation PFIZER Fondation Stallergenes GSK GSK Santé Grand Public Hôpital Américain de Paris Hospira HTA - Société Française d'Hypertension Artérielle HTAP LEO Pharma Lilly LIR MERCK SERONO MSF OTSUKA SNADOM STALLERGENES Trophées e-santé 2015 UNASDOM SANTE Unilever Université e-santé 2015 upsa VIDAL Viiv Healthcare WELCOOP
CAPITAL IMAGE au coeur de l'info santé - Agence de Relations Publiques et Relations Média Santé
86, avenue des Ternes - 75017 Paris - Tél. : + 33 1 45 63 19 00 - Fax : + 33 1 45 63 19 25